Sondage d'opinion

Un sondage d'opinion est une application de la technique des sondages à une population humaine visant à déterminer les opinions probables des individus la composant, à partir de l'étude d'un échantillon de cette population.



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  • Le sondage d'opinion est un phénomène de société étant donné qu'il fait.... Le sens d'une question peut fluctuer aussi selon l'actualité (exemple sur la... (source : economics.free)
  • Le sondage d'opinion est réalisé de façon ponctuelle ou de façon... test des questions ; lancement du sondage (briefing enquêteurs, suivi du terrain.... (source : qualite-publique)
  • Chaque question n'a pas la même importance pour l'ensemble des individus, ... Le sondage d'opinion est dans , dans l'état actuel, un instrument d'action politique... (source : philophil)

Un sondage d'opinion est une application de la technique des sondages à une population humaine visant à déterminer les opinions (ou les prédilections) probables des individus la composant, à partir de l'étude d'un échantillon de cette population. Par métonymie, le mot sondage sert à désigner aussi le document présentant les résultats de l'étude par sondage.

Les sondages d'opinion les plus connus du grand public sont réalisés par les instituts de sondage.

Le développement des sondages d'opinion est intimement lié à l'extension de l'usage de cette méthode en sciences humaines.

Histoire des sondages d'opinion

Les sondages d'opinion concernant les sujets politiques sont nés du développement de cette technique en marketing. Comme le souligne Loic Blondiaux[1], les entreprises des États-Unis ont été les premières à utiliser ces derniers pour connaître les attentes supposées des consommateurs et augmenter leurs marchés. Progressivement, la frontière entre marketing et politique s'est effacée, et en 1936 le journaliste G. H. Gallup fonde l'American Institute of Public Opinion en vue de l'élection présidentielle.

En France, le sondage d'opinion appliqué à la politique est apparu autour de la 2e guerre mondiale, par l'entremise de Jean Stœtzel, qui a fondé l'IFOP (Institut Français d'Opinion Publique).

Aujourd'hui, les sondages politiques d'opinion sont indissociables du marketing : ce type de sondage ne représente que de 10% à 20% du chiffre d'affaires des instituts de sondages, la majeure partie de leur activité concernant les études marketing commandées par les entreprises. À ce titre il serait plus juste de les qualifier d'entreprise de marketing et d'opinion plutôt que d'"institut de sondages", terme laissant à penser qu'il s'agit d'organismes universitaires ou scientifiques.

À partir de la fin des années 1960, la place des sondages s'est énormément accrue de pair avec la communication politique, ce qui a donné lieu à une loi réglementant la fabrication et la diffusion des sondages d'opinion en période électorale (loi no 77-808 du 19 juillet 1977, modifiée le 20 février 2002[2]). Le souci du législateur a été de protéger la libre détermination du corps électoral d'une influence exorbitante des sondages en les interdisant la semaine précédant le scrutin (période ramenée à 1 jour depuis 2002) et en créant une autorité de régulation, la Commission des Sondages.

Malgré cette restriction de la liberté d'information, le nombre des sondages électoraux a énormément augmenté, passant de 111 en 1981 à 293 pour la présidentielle 2007 (selon les rapports de la Commission des Sondages). Il demeure complexe de lier l'augmentation numérique à un «poids» croissant dans le débat politique, constatation assez empirique. Certains auteurs critiques des sondages n'hésitent cependant pas à parler d'un coup de force opéré par les sondages. Patrick Champagne (Faire l'opinion, le nouveau jeu politique, Minuit, 1990) estime que des professions para politiques (sondeurs, journalistes, chercheurs) se sont emparées des sondages pour imposer leur vision du monde, en interprétant ce que veut le peuple.

Si les critiques des sondages d'opinion sont anciennes (Bourdieu assénant que «L'Opinion publique n'existe pas» dans un article de 1973 des Temps Modernes), l'échec des instituts à anticiper le succès de Jean-Marie Le Pen le 21 avril 2002 a fortement écorné leur crédibilité, alors que l'impartialité des entreprises de sondages et marketing, détenues par de grands groupes financiers[3] proches des hommes politiques, est de plus en plus questionnée dans la société[4].

Méthodologie

Calcul d'erreur

En statistiques, le calcul d'erreur suppose un échantillonnage au hasard. Or, les sondages se font généralement en considérant un panel dit représentatif. Ceci rend plus compliqué le calcul d'erreur.

Dans le cas des sondages politiques, Jérôme Sainte-Marie, directeur de BVA Opinion, estime qu'ils ont une erreur de 2 ou 3 %[5]. Les sondages politiques sont intéressants en ce sens puisque c'est un cas où on publie les résultats de plusieurs instituts portant sur le même sujet et sur la même période, ce qui permet de les comparer.

À titre d'exemple, comparons les résultats des sondages des différents organismes à la même période pour l'élection présidentielle française de 2007 :

Estimation des sondages (en %) pour l'élection présidentielle de 2007 entre le 13 et le 20 février 2007[5]
Institut Candidat
Nicolas Sarkozy Ségolène Royal Hésintant François Bayrou Jean-Marie Le Pen
IFOP 32, 5 25, 5 16 11
Institut CSA 28 29 17 14
BVA 33 26 21 15 10
LH2 33 25 19 14 13
TNS-Sofres 33 26 18 13 12
Moyenne 31, 9 26, 3 19, 3 15 12
Écart type 1, 4 1, 4 1, 2 1, 4 1, 4

Si on considère un intervalle de confiance de 95 %, il faut multiplier les écarts types par 2, 8 (3, 2 pour les hésintant) [6], soit une erreur entre 3, 5 et 4, 5 points. Si désormais on fait figurer les intervalles d'erreur, on obtient :

Synthèse des sondages (en %) pour l'élection présidentielle de 2007 entre le 13 et le 20 février 2007
Nicolas Sarkozy Ségolène Royal Hésintant François Bayrou Jean-Marie Le Pen
Moyenne 31, 9 26, 3 19, 3 15 12
Intervalle d'erreur 27–36 22–30 15–24 11–19 8–16

L'insuffisance des échantillons

La représentativité des échantillons sur lesquels s'appuient nombre de sondages publiés dans les médias sont l'objet de vives discussions. Cette question est spécifiquement importante dans les cas où les chiffres sont particulièrement serrés.

Ces dernières années, il est apparu qu'environ 50% de la population ne peut pas être sondée car soit elle a uniquement un téléphone portable (en particulier pour les jeunes), soit parce qu'elle n'est pas présente chez elle aux heures où les sondeurs appellent[7].

Aujourd'hui un certain retour à la base du sondage de certains instituts qui privilégient la qualité de l'échantillonnage sur les calculs statistiques qui multiplient les marges d'erreur. Ainsi, des études média peuvent comprendre 75 000 interviews (pour la radio). D'autres, peuvent travailler sur des échantillons composés de 50 000 interviews téléphoniques avec des questionnaires qui croisent des données média avec des données de consommation et de fréquentation.

En effet l'insuffisance d'individus d'un échantillon ne peut garantir la véracité des résultats proposés par le sondage. L'idéal, comme le mentionne E. Jeanne ([8], janvier 2008), est de sonder le maximum de personnes pour apporter la meilleure qualité et par conséquent de diminuer les marges d'erreur. Nous pouvons aussi remarquer que le désintéressement de la population face aux sondages ne favorise pas le travail des instituts réalisant les études (IPSOS, TNS Sofres, IFOP, MY-GLOBE, BVA, ... ).

Les questions sur la méthode des quotas

Aujourd'hui, chaque vote national donne naissance à la plupart de sondages et de commentaires sur ceux-ci. Ces commentaires portent souvent sur des fluctuations d'un ou deux pour cent. Comme aucun sondage, quelle que soit la technique utilisée, ne peut donner des résultats exacts, le citoyen est en droit de se demander quelle confiance il peut accorder à de telles fluctuations ainsi qu'aux commentaires qu'elles suscitent.

Si la technique aléatoire était utilisée, le calcul des intervalles de confiance montrerait que des fluctuations aussi faibles doivent inciter à une grande prudence dans leur interprétation. D'autre part il est indiscutable que la méthode des quotas ne satisfait pas la condition rigoureuse d'indépendance à la base des sondages aléatoires, ce qui exigerait habituellement d'autres approches de sa précision.

Face à ce problème, la position exprimée toujours à l'occasion des campagnes électorales tient en deux points : le calcul des intervalles de confiance est inapplicable et – cela demanderait un minimum de justifications – la méthode des quotas est plus précise que la méthode aléatoire.

Une autre position, plus rarement exprimée, se trouve par exemple sur le site internet d'Ipsos : si on veut apporter une indication sur la validité d'un sondage, on est bien obligé d'utiliser ce qui existe, tout en sachant que ce n'est qu'une approximation.

Il semble qu'il soit envisageable de renforcer légèrement cette position. En effet c'est l'indépendance des réponses, complexe à assurer dans un sondage à l'échelle de la France, qui permettrait le calcul des intervalles de confiance. À l'opposé, on peut imaginer un sondage à prétentions nationales effectué dans un seul quartier, ou une seule entreprise ; ce dernier donnerait bien entendu des résultats sans signification pour le pays parce qu'il y aurait certainement de forts liens entre les différentes réponses. La méthode des quotas, en contraignant les enquêteurs à interroger des personnes appartenant à divers milieux, brise la plupart de ces liens et ne peut que rapprocher ce type de sondage du sondage aléatoire, sans qu'on puisse mesurer la distance qui existe entre les deux.

Les corrections des résultats bruts des enquêtes

Les statisticiens, surtout en matière de sondages politiques opèrent la plupart de corrections des données obtenues. A titre d'exemple, les données CVS, corrigées des variations saisonnières, tentent de corriger les effets dus à la saisonnalité du phénomène mesuré. Si certains sont spécifiquement évidents --une forte baisse de l'activité économique en août n'est pas le signe d'un effondrement économique-- d'autres par contre sont plus sujets à caution. En matière de sondages électoraux par exemple, on corrigera certains décalages entre déclaration et réalité des votes passés effectifs. On observe par exemple un décalage entre les déclarations d'intention de vote Front National et les votes réels (plus nombreux). Les statisticiens mesurent cet écart et le reportent pour les mesures suivantes pour donner un chiffre plus représentatif de la réalité. Les détracteurs des sondages considèrent qu'on sort ici de la stricte mesure des déclarations d'intention de vote pour donner un chiffre ayant la prétention d'indiquer ce que les électeurs comptent faire en réalité, d'autant plus qu'aucun institut ne publie les pourcentages réellement exprimés ou leur multiplicateur[9]. Outre le fait que de très nombreuses corrections s'appliquent lourdement à certains chiffres au point que certains les considèrent comme complètement dénaturés, les effets de structure qui sont à l'origine de ces corrections sont eux-mêmes susceptibles de changer. Le sondage ne devient plus alors l'enjeu véritable étant donné que sa représentativité est subordonnée à la connaissance de ces effets de structure qui avant toute chose deviennent discriminants.

La formulation des questions

La formulation de la question peut influencer les réponses.

Une étude menée sur trois sondages effectués au moment du bombardement de la Libye par l'armée américaine en 1986 a par exemple révélé des décalages énormes de réponse selon l'intitulé de la question, certaines étaient spécifiquement abstraites citant «l'action américaine contre Kadhafi» tandis que de l'autre côté un magazine parlait de l'armée américaine, de bombardements et nommait les villes touchées. Avec la plus abstraite des formulations, l'évènement recueillait 60% d'assentiments, la formulation intermédiaire 50%, la formulation la plus précise 40%.

Ce décalage ne pose pas de problème si on conserve à l'esprit que les sondages mesurent une réponse à une question et non pas la réalité d'une opinion dans la population. Aux yeux de leurs détracteurs, la confusion apparait néenmoins spécifiquement fréquente et particulièrement volontiers entretenue par ceux qui commandent les sondages et qui peuvent même choisir de ne pas les publier si les résultats ne correspondent pas à ce qu'ils veulent démontrer.

Il s'avère, dans la réalité du terrain, que plus une question est longue, comprend énormément de mots, plusieurs phrases, moins elle est comprise, et par conséquent plus le résultat est sujet à caution. Tandis que presque l'ensemble des interviewés comprennent aisément des questions courtes. Autre point intéressant : les questions interronégatives, qui embrouillent à souhait l'interviewé. Ces deux cas permettent de faire augmenter le taux de'NSP' (ne se prononcent pas) sur une question.

L'interprétation et la construction de l'objet

Les sondages reposent sur une déformation et une réduction de l'information, les réponses devant trouver leur place dans une grille préétablie, les sondeurs sont amenés à interpréter une parole selon la grille. Établir des questions fermées est reconnu par certains comme équivalent à demander aux sondés de choisir des réponses prépensées à des questions que d'autres se posent. La simplicité des énoncés ne peut pas faire l'économie de la complexité des questions abordées bien au contraire.

Le sondeur et son client, s'il participe activement à l'élaboration du questionnaire, prennent l'initiative de définir eux-mêmes la problématique du sujet pour ensuite demander au sondé de choisir dans ce cadre strictement délimité l'option qui lui convient le mieux. Cette maîtrise de la problématique, qu'on sert à désigner par la notion de construction de l'objet, apparait aux critiques des sondages comme une excellente méthode pour obtenir des résultats correspondant à ses propres attentes.

On constate aussi qu'il y a un biais vers le "oui". Les sondés n'ayant pas trop d'opinion sur une question mais trouvant qu'il est dans leur rôle de se prononcer auront plus tendance à répondre oui que non.

Le statut social du sondage

Cette critique, émanant le plus fréquemment des sociologues, concerne surtout le rôle des sondages dans le fonctionnement de la société. Abondamment utilisés par les médias, les sondages forment un miroir, peut-être déformant, pour la société qui au travers de questions simples et de chiffres ronds se donne une représentation d'elle-même.

Les sondés ont le sentiment de participer à la mesure de la réalité sociale. Ils perçoivent le sondage comme légitime pour lui-même plus que pour la question qu'il soulève. Répondre à un sondage forme une participation à une institution de fait dans laquelle le sondé trouve la gratification d'être celui qui pour une fois va déterminer la réalité sociale. Il n'est par conséquent plus particulièrement important de posséder effectivement un avis constitué sur la question, l'acte de répondre l'emporte sur le sens de la réponse. Notre exemple précédent illustre bien comment trois échantillons a priori représentatifs parviennent à exprimer des réponses différentes et même opposées sur un même sujet. On peut en déduire qu'une partie des réponses est une réaction à une stimulation instantanée, plutôt que le reflet d'une opinion préexistante fruit des convictions et de la réflexion des individus sur un sujet spécifique. Le sondage mesure par conséquent pour une partie non négligeable de l'échantillon son propre effet sur les sondés.

Dès lors, considérant que la définition de la problématique, tant par le choix des sujets abordés que par la formulation des questions, appartient au sondeur, la construction du débat échappe à la société civile (associations, syndicats, intellectuels) qui possède une opinion constituée sur un sujet ainsi qu'aux représentants élus pour échoir à des groupes de presse (dont les propriétaires viennent actuellement fréquemment d'autres métiers) et des chaînes de télévision (exemple : Bouygues propriétaire de Tf1).

La personnification de l'opinion publique

Le sondage, en suivant le modèle du référendum a permis de construire une notion d'opinion publique qui demeure une construction idéologique attribuant une et une seule opinion à une société perçue comme un phénomène simple et unifié. Elle n'est néenmoins pas une personne, elle est constituée de structures, de groupes aux compétences ainsi qu'aux connaissances variées. La capacité de construire une opinion, de connaître un sujet n'est pas uniformément répartie dans la population. Le sondage donne néenmoins une forme prédéfinie à la question et place l'ensemble des opinions sur un pied d'égalité.

Le sondage et la notion d'opinion publique qu'il permet d'établir forment au final un outil de pouvoir qui sert à couper court au débat. Le principe de la démocratie représentative n'est pas de faire trancher une question par les votants mais de leur faire trancher dans un débat mené par des représentants, des experts, des militants représentant les positions majoritaires mais également minoritaires. En lui donnant forme par le mécanisme de la construction de l'objet préalablement décrit, le sondage sert à faire l'économie du débat grâce à cette notion artificielle d'opinion publique qui apparaît obligatoirement légitime parce qu'elle imite le modèle du référendum.

En bref, les sciences humaines sont divisées sur la notion d'opinion publique, depuis leurs origines. Pas moins d'une cinquantaine de définitions en ont déjà été données, dont certaines ne pourront jamais être conciliées avec d'autres. Donc, il est illusoire de croire qu'il existe une opinion publique simple et établie, ce que néenmoins prétendent faire les instituts de sondage.

Pierre Bourdieu a pointé ce danger dans un article de 1973 intitulé L'opinion publique n'existe pas. À sa suite, Patrick Champagne aborde la question, surtout dans son ouvrage de 1990 : Faire l'opinion. Selon ces auteurs, l'"opinion publique" telle qu'issue d'un sondage d'opinion n'est , le plus fréquemment, qu'un "artefact résultant de l'addition mécanique de réponses qui se présentent comme formellement semblables". Ils mettent en exergue l'absence de réflexion, dans le chef des "instituts" de sondages (appellation quelquefois galvaudée) sur la définition de l'opinion publique, malgré le conditionnement idéologique qui peut en découler. Loïc Blondiaux exprime cela en parlant "d'OPA sur la notion d'opinion publique"[10].

L'honnêteté des réponses

La critique des sondages montre que les réponses apportées par les sondés ne présentent aucune garantie de véracité[11]. L'importance apportée au sondage paraît par conséquent exorbitante en comparaison de la fiabilité des réponses. Plusieurs phénomènes peuvent concourir pour donner des réponses absurdes :

On peut en outre citer des cas de manipulation pure et simple, comme par exemple la chaîne de télévision de Silvio Berlusconi qui à ses débuts, avait envoyé des employés sillonner les campagnes pour retrouver les ménages équipés des boîtiers d'audimat pour les soudoyer pour qu'ils laissent leur télévision allumée toute la journée sur la nouvelle chaîne tandis qu'ils étaient au travail. Cela lui a permis d'accroître ses mesures d'audience et par conséquent ses recettes publicitaires. Ces importants moyens contribuant au succès réel de la chaîne.

Le recueil de l'information par les sociétés de sondage (qui se parent abusivement du titre d'institut) est sujet à caution. Ainsi, quand l'interviewé répond "je ne sais pas" il est alors sollicité avec insistance car l'enquêteur a pour consigne de "relancer" l'interviewé par une phrase type (d'après vous/vous avez bien une petite idée/etc... ). Tout pourcentage obtenu résulte par conséquent d'une addition où l'ensemble des réponses ont la même valeur, qu'elles soient directes et données originellement ou qu'elles soient obtenues en forçant l'interviewé, réponses forcées qui accroissent la marge d'erreur.

La volatilité des réponses

En France, il existe un délai précédant une élection pendant lequel les sondages ne peuvent pas être publiés afin d'éviter que la publication du sondage ne vienne perturber le choix, en conscience, du candidat à élire. Ce délai fixé à une semaine par la loi de 1977 a été réduit à un jour (le samedi précédant le scrutin) en 2002.

L'exemple des sondages électoraux qui ont l'avantage de pouvoir faire l'objet d'une vérification montre que les déclarations sont susceptibles de connaître de fortes évolutions. Il met en lumière la fragilité de chiffres qui sont fréquemment reconnus comme des indicateurs fiables d'une réalité sociale solide.

Qui plus est ces sondages électoraux, contrairement aux autres sondages aux méthodes plus éprouvées, se passent presque exclusivement au téléphone fixe. Or certains sondés se sont désabonnés pour ne garder que le téléphone portable, d'autres ne sont guère joignables ou sur liste rouge ce qui induit un biais supplémentaire.

Fiabilité du résultat

En France, la polémique principale concernant les sondages a eu lieu suite à leur incapacité à prévoir le résultat du 1er tour de l'élection présidentielle de 2002. L'ensemble des enquêtes d'opinion, y compris celles menées la semaine précédent le scrutin, prévoyaient sans ambiguïté un second tour opposant Lionel Jospin à Jacques Chirac [12]. Finalement, c'est Jean-Marie Le Pen, et non pas Lionel Jospin qui a accédé au second tour. L'argument le plus souvent avancé par les sondeurs est que les sondages sont une "photographie" de l'opinion, et non pas un outil de prédiction. On peut s'interroger sur la portée d'un tel argument lorsque uniquement 4 jours séparent le sondage de l'élection elle-même et qu'aucun événement notable ne s'est produit pendant cette période susceptible d'interagir sur l'opinion des gens.

Ceci renvoie à la discussion contenue dans Les questions sur la méthode des quotas. Les états-majors des candidats avaient, du moins faut-il l'espérer, plus conscience de l'incertitude sur les résultats que la presse qui les publiait et , donc, le lecteur moyen. On peut noter ici que les cabinets politiques des partis principaux, l'Élysée, l'Intérieur et Matignon ont des contrats leur fournissant des données par l'étude des variations et la discussion plus approfondie et élargie avec le panel contacté par l'ensemble des moyens. Ainsi Lionel Jospin aurait été prévenu de la montée de Jean-Marie Le Pen mais aurait refusé de changer sa campagne et montrer son affaiblissement. (France culture 20/03/2007 La suite dans les idées : "Les sondages")

Les législatives de 2007 ont montré la difficulté pour les entreprises de sondages de donner des estimations fiables quand le terrain d'études n'est pas national[13]. Les enquêteurs réalisent leurs sondages comparé au débat politique national ainsi qu'aux leaders des partis politiques tandis que ces élections obéissent à d'autres logiques plus locales. Enfin, la multiplication du nombre des terrains (il y a 577 circonscriptions pour une élection législative, contre 1 seule pour la présidentielle) augmente les marges d'erreur.

Mise en cause des patrons des instituts de sondages

Certaines voix de divers bords politiques s'élèvent pour soupçonner une connivence entre les patrons des instituts de sondages, qui faciliteraient le score de leurs amis, et/ou de leurs plus gros clients. François Bayrou a, par exemple, raillé les instituts qui le plaçaient en dessous de Jean-Marie Le Pen le 20 avril 2007, tandis qu'il a fait 8 points de plus (18, 5% contre 10, 5%) le soir du 1er tour, le 22 avril 2007. La semaine précédant le deuxième tour de l'élection présidentielle de 2007, Les instituts officiels donnent tous Nicolas Sarkozy gagnant avec entre 5 et 9 points d'écart avec Ségolène Royal, Tandis qu'un petit institut, 3C Études, pratiquant la même méthode des quotas, aussi sérieusement, donne Nicolas Sarkozy à égalité avec Ségolène Royal[14].

L'entrepreneur Vincent Bolloré, ami proche du Président Sarkozy, détient désormais l'intégralité du capital de CSA-TMO[15] alors que l'actuelle présidente du MEDEF, Laurence Parisot, était présidente de l'IFOP. D'une façon plus générale, ces dernières années ont été marquées par un mouvement de concentration des instituts de sondages, désormais détenus par de grands groupes financiers ou publicitaires[16].

Bibliographie

Voir aussi

Liens externes

Notes

  1. Loïc Blondiaux, La Produit de l'opinion, Une histoire sociale des sondages, coll. Science politique, Seuil, 1998
  2. Loi - Commission des sondages (électoraux, opinion)
  3. http ://www. tns-sofres. com/sofres/ca_tns3. gif
  4. critique des sondages
  5. L'élection dans le miroir des sondages, Jean-Dominique Merchet, Paul Quinot, Libération, 27 février 2007
  6. si on estime que la mesure de l'opinion est une variable aléatoire réelle suivant une loi normale, on peut déterminer l'intervalle de confiance grâce à la loi de Student
  7. Le français des sondages : l'abonné au téléphone fixe de plus de 34 ans appartenant aux catégories supérieures vivant en métropole
  8. www. my-globe. org - Site d'opinions / Opinions all over the World
  9. L'entreprise tunisienne 3C Études publie ses données brutes et ses redressements peu scientifiques http ://www. 3cetudes. net/incoming/2e_tour/RESULTATS%20INTERPRETES%20COMPLEMENTS%20ET%20PRECISIONS%204%20mai%202007%2023h12. htm
  10. BLONDIAUX, Loïc, "Ce que les sondages font à l'opinion publique", Politix, 1997, vol. 10, n° 37, pp. 117-136
  11. Hélène Meynaud, Denis Duclos, Les sondages d'opinion, La découverte, 2007 (4e édition. )
  12. Voir par exemple le site tns-sofres [1]
  13. http ://sls. hautetfort. com/list/les_textes_de_sls/debacle_des_sondages_csa_aux_legislatives_2007. pdf
  14. 3c-etudes
  15. Roland Cayrol cède ses parts à Bolloré
  16. [Le Figaro, "Mouvements de concentration des instituts de sondages", 15 Octobre 2007 http ://www. lefigaro. fr/medias/20070531. FIG000000116_mouvements_de_concentration_dans_les_instituts_de_sondage. html]

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