Histoire de la scientométrie

Bibliométrie et scientométrie ont une histoire particulièrement intriquée. Les premiers travaux dans ces disciplines remontent au début du XXe siècle.



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  • La Revue pour l'histoire du CNRS, créée en 1999 par le Comité pour. scientométrie. Jean-Pierre Courtial. L'Association pour la mesure des sciences et des ... (source : histoire-cnrs.revues)
  • La scientométrie est la mesure de l'activité scientifique.... Introduction · Notre mission · Notre histoire et nos statuts · Notre organisation... (source : www1.frs-fnrs)

Bibliométrie et scientométrie ont une histoire particulièrement intriquée. Les premiers travaux dans ces disciplines remontent au début du XXe siècle. Mais c'est certainement à partir des années 1950 et des contributions de Derek John de Solla Price et Eugene Garfield qu'elles se stabilisent et prennent de l'ampleur.

Les pionniers

Avant la constitution de la bibliométrie en un champ disciplinaire spécifique, quelques chercheurs ont pris les publications scientifiques comme objet d'étude et ont pu déterminer un certain nombre de lois empiriques.

En 1926, Alfred Lotka décrit une loi qui portera son nom : le nombre d'auteurs publiant n articles dans une période donnée est à peu près égal au nombre d'auteurs ne publiant qu'un seul article divisé par na, où a est proche de 2. C'est à dire, si 100 auteurs publient chacun un seul article, 25 en publient 2 (soit 100 / 22), 11 en écrivent 3 (soit 100 / 32), 6 en écrivent 4 (soit 100 / 42), etc. Cette loi énoncée à partir de la revue Chemical Abstracts revient à dire que plus de 60% des chercheurs d'un domaine ne publient pas plus d'un article dans ce domaine, ou encore que chaque chercheur du domaine y publie en moyenne deux articles. Ainsi, un domaine se définit par un petit nombre de spécialistes publiant énormément et la plupart de publications occasionnelles.

En 1934, Samuel Bradford décrit la loi de Bradford qui s'intéresse, elle , aux périodiques. Elle montre que si un tiers des articles concernant un sujet se concentrent dans un nombre réduit de périodiques, le deuxième tiers se trouve dans un nombre n fois plus grand de périodiques et le troisième tiers dans un nombre n2 plus grand. Cette loi correspond à une réalité pratique, celle du documentaliste qui cherche à s'abonner aux meilleures revues d'un domaine donné : on voit que le nombre d'abonnements doit s'accroître de façon géométrique pour un nombre de documents s'accroissant de façon arithmétique. Il ne devient par conséquent rapidement plus rentable de chercher l'exhaustivité en matière d'abonnements.

Bien qu'elle ne s'applique pas seulement aux articles scientifiques, la loi de Zipf, énoncée en 1935, prédit la fréquence d'apparition des mots dans un texte. Elle est utilisée en bibliométrie pour analyser la distribution de certains mots-clefs.

Le père fondateur

C'est à partir de 1950 que Derek John de Solla Price théorise et met en pratique l'utilisation des articles scientifiques comme indicateurs quantitatifs de l'activité de recherche[1]. Physicien de formation, il obtient en 1954 un second doctorat en histoire des sciences. Il crée la scientométrie, «science de la science» en refusant l'approche respectant les traditions des études de la science, à savoir en refusant de «discuter du contenu de la science» ou de s'intéresser à «un savant surtout»[1], [2]. Il va par conséquent se servir de la totalité des publications scientifiques et de leurs propriétés statistiques comme d'un indicateur de l'activité scientifique et un révélateur des lois qui la sous-tendent.

Au-delà d'une théorisation de la discipline, ses contributions principales à la scientométrie incluent surtout :

La stabilisation de la discipline

Les citations sont le lien formel et explicite entre des articles qui ont des points spécifiques en commun. Un index de citation est construit autour de ces liens. Il liste les publications qui ont été citées et identifie les sources de citations. Quiconque fait une recherche bibliographique peut trouver plusieurs douzaine d'articles sur un sujet à partir d'un seul qui a été cité. Et chaque article trouvé apporte une liste de nouvelles citations à partir desquelles peut continuer la recherche. La simplicité des index de citations est une de leurs plus grandes forces. [5]

C'est au milieu des années 1950 qu'Eugene Garfield développe l'idée d'utiliser les citations présentes dans les articles scientifiques, c'est-à-dire les renvois faits à d'autres articles, pour lier les articles entre eux[6]. En référençant ces liens dans un science citation index, il serait alors envisageable de favoriser le travail de recherche d'information. En effet, si deux articles A et B sont liés, il est probable qu'un lecteur de l'article A soit intéressé par B. Si A cite B, il est assez aisé de trouver B à partir de A. Mais si c'est B qui cite A, ou encore si A et B sont l'ensemble des deux cités par de nombreux articles communs sans pour tout autant se citer mutuellement, alors la référence à B est impossible à trouver dans A. Dans ce dernier cas, un index de citations apporte toute son intérêt.

Garfield crée alors une entreprise privée sur le modèle du Shepard's Citator utilisé par les avocats et juges pour connaître la jurisprudence. En 1959, devant la difficulté pour son entreprise d'obtenir des crédits publics, il change son nom pour Institute for Scientific Information (ISI) et parvient à obtenir le soutien de l'administration de la recherche[7]. Le premier volume du Science Citation Index voit le jour en 1963.

Si des sociologues des sciences comme Robert K. Merton, Jonathan et Stephen Cole, Warren Hagstrom ou Diana Crane ont particulièrement rapidement soutenu Garfield dans la création de sa base de données, c'est parce qu'ils ont immédiatement compris l'intérêt d'une telle base pour leurs propres recherches sur le fonctionnement de la science. Cette discipline va par conséquent se développer et s'autonomiser. Scientometrics , une de ses revues phares, sera fondée en 1978[8].


Voir aussi

Références

  1. Xavier Polanco, «Aux sources de la scientométrie» sur biblio-fr. info. unicæn. fr
  2. Derek J. de Solla Price (1963), Little Science, Big Science, New York : Columbia University Press.
  3. Derek J. de Solla Price (1965), Networks of Scientific Papers, in Science 149 (3683)  :510-515.
  4. Derek J. de Solla Price (1976), A general theory of bibliometric and other cumulative advantage processes, in Journal of the American Society for Information Science 27 :292-306. (Winner of 1976 JASIS paper award. )
  5. E. Garfield, 1979 Citation Indexing - Its Theory and Application in Science, Technology, and Humanities. Publisher John Wiley & Sons, Inc. 1979. Reprinted by ISI Press, Philadelphia, USA. 1983
  6. E. Garfield, Citation indexes for science : a new dimension in documentation through association of ideas, Science, 1955;122 :108-111
  7. Johan Heilbron, La bibliométrie, genèse et usages, Actes de la recherche en sciences sociales, 2002
  8. Yves Gingras, La fièvre de l'évaluation de la recherche, Centre universitaire de recherche sur la science et la technologie, mai 2008

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